jeudi 18 juillet 2019
ACCUEIL / Mon Marketing / Emmanuel BOCQUET : Un e-entrepreneur au service du digital en Afrique
Emmanuel-Bocquet

Emmanuel BOCQUET : Un e-entrepreneur au service du digital en Afrique

Emmanuel BOCQUET

Il y a de nombreuses erreurs qu’il est important de faire tôt, et se préparer pendant des mois ne les évite pas. Il faut lancer des initiatives, avec conviction, et essayer de les mener jusqu’au bout. L’expertise qu’on en retire n’a pas de prix.

Passionné de e-commerce, Emmanuel Bocquet a accumulé une riche expérience dans ce domaine, depuis près de 20 ans, en pilotant ou en collaborant sur de nombreux projets de sociétés évoluant dans des univers divers tels que la banque, le luxe, la distribution, les services aux entreprises… Très actif sur les réseaux sociaux, il contribue, par des prises de parole engagées, à l’éveil des consciences sur l’éventail de possibilités offertes par le commerce en ligne. Découvrez notre entretien avec celui qui se définit comme un e-entrepreneur africain et encourage les entrepreneurs et les entreprises, encore sceptiques, à ne pas hésiter à rejoindre le monde digital.

Parlez-nous un peu de vous…

Après une grande école d’ingénieur, je suis tombé dans le chaudron du commerce électronique tout jeune encore, en 1997. En France, c’était le début du frémissement, un peu comme au Sénégal en 2014. J’ai travaillé sur de très nombreux projets très techniques dans l’univers des systèmes d’information et du digital (qu’on n’appelait pas encore comme ça). Parmi les principales entreprises, il y a la FNAC (son premier site), le Crédit Agricole, Wine and co (un e-commerçant filiale de LVMH), Sinti group (la première SSII offshore basée à Dakar, comme ATOS aujourd’hui), Dior, Manobi, Cdiscount et j’en passe.

Vous vous présentez comme un « e-entrepreneur africain », comment définissez-vous ce titre ?

Aujourd’hui, je me définis comme un e-entrepreneur africain, c’est – à – dire que je cherche à faire naître du bouillonnement digital africain des entreprises, des initiatives viables, rentables, efficaces. Il faut un quart d’expertise technique, un quart de business, un quart d’énergie et un quart de réseau…

Quelle(s) mission(s) poursuivez-vous et quelles sont vos principales réalisations ?

Je travaille essentiellement en conseil et en management, pour des startups ou des grands groupes qui veulent « passer à l’échelle » en Afrique, sans se faire piéger par la spécificité du marché. La plupart de mes clients demandent que je reste discret, mais globalement mes principaux partenaires sont des entreprises digitales pour une part, et de nouveaux e-commerçants de l’autre. La méthode, c’est le growth hacking : faire fi des préjugés et des habitudes, aller droit au but, tester le marché, re-tester, changer, imaginer des solutions jamais tentées, trouver des niches et des axes de croissance…

Quels sont les principaux challenges que vous avez rencontrés et quelles ressources avez-vous utilisées pour y faire face?

Le digital en Afrique est confronté à des difficultés spécifiques. En premier lieu, les entreprises sont très en retard dans la connaissance de ce qu’il est possible de faire. Certains dirigeants sont stupéfaits du coût d’acquisition très bas des canaux numériques, et du chiffre d’affaires qu’il est possible de réaliser. L’autre principal frein est le manque de financement pour les jeunes entreprises.

Pourquoi avez-vous choisi d’entreprendre via Internet ?

J’ai fait le choix du digital très tôt dans ma carrière, et je ne le regrette absolument pas : c’est sans doute le moyen le plus rapide et le plus efficace pour changer le monde aujourd’hui si on ne se contente pas de « suivre » ou de gratter la surface.

De par la connaissance et l’expérience accumulées dans ce domaine, quelle est votre analyse du paysage Internet actuel en Afrique ?

Aujourd’hui, il est difficile de parler d’un « paysage africain » tellement les réalités sont disparates. Entre le monstre nigérian, l’Afrique du Sud qui a 10 ans d’avance, et l’Afrique du Nord qui accélère, on croirait qu’il n’y a plus de place pour personne. Et pourtant le digital n’a pas de frontière, il est possible de faire à Dakar, Douala ou Abidjan la même chose qu’à San Francisco, Paris ou Shanghai.

Si vous deviez proposer une méthodologie pour démarrer une activité en ligne en Afrique, quelle serait-elle?

Mon conseil aujourd’hui pour les entreprises naissantes, c’est d’apprendre. Répéter les conseils qu’on lit sur 1000 sites en ligne ne suffit pas. Pour ceux qui n’ont pas les moyens de faire appel à un professionnel comme moi, la seule solution est de commencer. Oui, commencer directement. Et apprendre sur le tas. Il y a de nombreuses erreurs qu’il est important de faire tôt, et se préparer pendant des mois ne les évite pas. Il faut lancer des initiatives, avec conviction, et essayer de les mener jusqu’au bout. L’expertise qu’on en retire n’a pas de prix.

Comment le marketing vous a aidé à chaque étape clé de votre parcours d’entrepreneur ?

Le marketing dans son sens le plus large (pas seulement en rapport avec des clients, mais avec l’ensemble de la population) est une clé essentielle du digital. Aujourd’hui on a dû emprunter une autre expression clé aux anglophones, c’est l’UX (User eXperience), qui consiste à tout penser en se mettant à la place de l’utilisateur, de la personne lambda. Dans ce sens, le marketing est fondamental.

Selon vous, la passion favorise ou fait le succès ?

Je suis convaincu que la passion suffit à réussir. Car elle permettra d’acquérir en chemin tout ce qui manque. Mais si on a la passion pour seule arme, le chemin peut être long et difficile. Un peu de connaissance fait gagner tellement de temps… Généralement, ceux qui ont réussi avaient quelques atouts en plus de la passion. Mais tous avaient la passion.

Qu’est-ce qui vous passionne?

Ce qui me passionne aujourd’hui, ce sont les nouveaux usages disruptifs que le digital fait naître : le e-commerce, bien sûr, mais aussi l’intelligence artificielle, les interfaces conversationnelles, les objets connectés, les réseaux collaboratifs, mais aussi des choses moins digitales, comme la psychologie, la neurologie, l’histoire, la prospective…

Merci beaucoup Emmanuel.

https://www.linkedin.com/in/emmanuelbocquet/en

Une interview réalisée par Mariatou OUATTARA.

Enregistrer